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Association Justice Information Réparation pour les Harkis

A nos justes les Harkis reconnaissants

Cette rubrique est notre panthéon.  Nous voulons y accueillir, pour leur rendre hommage, celles et ceux qui ont fait preuve de dévouement à l’égard des Harkis au sens large. Dire ici notre reconnaissance et notre gratitude à celles et ceux, qui, hier ou aujourd’hui, en France ou en Algérie, durant quelques mois ou des dizaines d’années, ont fait preuve de dévouement  pour ces Français de souche arabo-berbère que l’Etat français a abandonnés en 1962, après le cessez le feu du 19 mars qui hélas ne cessa que d’un côté. Certains ont désobéi pour rapatrier des Harkis, d’autres ont aidé à leur réinstallation, d’autres encore se sont battus contre l’occultation et la falsification de leur histoire.

A chacune, à chacun, MERCI. 

 

Pour commencer : Cette liste est loin d’être exhaustive.

Nafissa SID CARA, Hélie DENOIX de SAINT MARC, Général Maurice  FAIVRE, Sous-Préfet ROBERT, Alexandre PARODI, André WORMSER, Yvon DURAND, Nicolas d’ANDOQUES, Rabah KHELLIF, M’Hamed LARADJI, Abdelkrim KLECH, Boussad AZNI, …etc

 

A vous de proposer d’autres personnalités décédées qui méritent d’entrer dans notre Panthéon virtuel pour qu’ils restent vivants dans les mémoires.

 

A vous de nous proposer des textes et photos pour les personnes que vous connaissez.

M'hamed LARADJI

M’hamed LARADJI, né au début des années 1940 en Algérie (à proximité de Cherchell) s’installe à Amiens dans la Somme (80) lors de son arrivée en France, puis à Evreux où il s’enracine avec sa famille jusqu’à son décès survenu dans le milieu des années 1990.


Président de la CFMRAA (Confédération des Français Musulmans Rapatriés d’Algérie et leurs Amis), qu’il a créé en avril 1973 à Lille, il contribue de manière décisive à l’apparition sur la scène publique et médiatique de la question « Harki » en raison des nombreuses actions menées.


Pour attirer l’attention des pouvoirs publics et de l’opinion sur la situation des Harkis et de leurs familles, il entreprend en août 1974 une première grève de la faim à Evreux suivie par une dizaine de Harkis ou d’enfants de Harkis à Roubaix, Longwy, Marseille ou Saint-Etienne. Un an plus tard démarre, toujours à Evreux, en septembre 1975, avant de s’installer avec plusieurs autres personnes devant l’église de la Madeleine à Paris, une seconde grève de la faim. La presse écrite et la télévision commencent alors à évoquer timidement la situation des Harkis…
 
Son action médiatique se poursuit par une nouvelle grève de la faim en mars 1975 à Evian. Il profite du treizième anniversaire des accords d’Evian pour y donner une conférence de presse. 
 

En mai 1975 il entreprend de visiter les camps de BIAS et de SAINT-MAURICE-L’ARDOISE. Sa visite coïncide avec le début de la révolte des enfants de Harkis enfermés dans ces camps. Ils prennent d’assaut les locaux administratifs de Bias et les occupent pendant près de deux semaines avant l’intervention des forces de l’ordre qui les font évacuer. Puis la révolte s’étend à Saint-Laurent-des-Arbres (au camp de Saint-Maurice-l’Ardoise). Pendant près d’un mois le camp est occupé et organisé par des jeunes en armes.


Durant cet été 1975 les chaines de télévision braquent leurs caméras sur les camps et sur les Harkis qui font une entrée fracassante sur la scène médiatique et par la même occasion dans la plupart des foyers français.


Rappelons aussi qu’en juin 1975, un groupe d’enfants de Harkis prend en otage, pendant quelques heures, le colonel Deluc du Comité National pour les Français Musulmans dans les bureaux du Conseil d’Etat à Paris. En outre, pour protester contre « la situation faite aux anciens supplétifs de l’armée française » et pour réclamer « la suppression des camps… et l’intégration à part entière des français musulmans à la communauté nationale… », quatre enfants de Harkis, armés, prennent en otage le directeur du camp de Saint-Maurice-l’Ardoise. Après des négociations avec le ministre de l’intérieur de l’époque, Michel Poniatowski, se termine ce premier acte de la révolte des enfants de Harkis dont les principales revendications portent sur la place des « Français Musulmans Rapatriés » dans la société française, les conditions de vie et la résorption des camps.


Après la révolte des camps, la lutte des enfants de Harkis porte sur la libre circulation entre la France et l’Algérie. Un enfant mineur de Harki en voyage estival, avec sa mère, est retenu par les autorités en Algérie pour défaut d’autorisation parentale. Des jeunes de Saint-Maurice-l’Ardoise prennent en otage quatre travailleurs algériens suivi par une autre prise d’otages de cinq algériens à Bourges, alors que l’agitation gagne aussi le camp de Bias. Après le retour de l’enfant les otages sont libérés, quelques temps plus tard. Pour les preneurs d’otages l’enfant retenu en Algérie l’a été parce qu’il était fils de Harki compte tenu de ce que les douaniers ont affirmé à la mère : « tu diras à ton Harki de mari de venir lui-même chercher son gosse… » ! D’ailleurs, d’autres enfants sont aussi retenus en Algérie !


 Puis, un dirigeant de l’Amicale des Algériens en Europe est enlevé et séquestré dans le camp de Bias pour réclamer la libre circulation avec l’Algérie. Le camp est en état de siège par les CRS. Après négociation avec le préfet, l’otage est libéré et les « révoltés » sortent sous l’œil des caméras de télévision.


C’est ainsi que se termine cette révolte des camps de l’été 1975 et la tournée des camps de M’hamed LARADJI qui a permis de briser la chape de silence entourant les Harkis et leurs familles depuis leur arrivée en France. L’attention des autorités et de l’opinion publique a été captée mais la situation économique et sociale n’évolue pas aussi vite qu’espéré. Cependant, cet été marque le début de la résorption des camps et des hameaux de forestage…


Quant à la question de la libre circulation, l’action de M’hamed Laradji ne s’arrête pas là. Peu de temps après, un commando avec plusieurs voitures est constitué à Amiens et prend la route, en passant par Rouen et Orléans, en direction de Perpignan pour occuper le consulat d’Algérie. A l’entrée de la ville le commando est cueilli par les forces de l’ordre qui ont suivi son cheminement de bout en bout car renseignées par un informateur membre du commando (un certain G.K.) aussitôt exfiltré d’Amiens pour la région parisienne !


M’hamed Laradji et ses compagnons sont arrêtés et libérés après de nombreuses manifestations de Harkis dans toute la France dont la plus importante à Evreux, son lieu de résidence, où le préfet a reçu une délégation qui a exigé la libération des membres du commando. Lors de cette manifestation de nombreux Harkis ou enfants de Harkis ont brulé ou remis symboliquement leur carte d’identité au préfet de l’Eure.


En 1977, M’hamed Laradji fait partie de la première délégation de responsables associatifs reçue par un Président de la République à l’Elysée (Valery Giscard d’Estaing) et provoque une importante polémique lors de l’émission « les Dossiers de l’écran », consacrée aux Harkis, lorsqu'il affirma, contrairement à tous les autres présidents d’association présents sur le plateau, en réponse à une question du journaliste-animateur que "si c’était à refaire il ne le referait certainement pas compte tenu du traitement subi par les Harkis en France".


Son activisme décline peu à peu pour resurgir de temps à autre à l’occasion de certains évènements. Ainsi, début des années 1980 en visite à Avignon, les autorités tentent de l’impliquer dans une affaire de règlement de compte entre truands. Puis, avec l’arrivée des socialistes au pouvoir des tentatives de le réduire au silence ont été exercées à son encontre. Il a été notamment nommé dans les structures (BIAC) créées à l’époque pour la gestion des Harkis mais sans succès.


Il a aussi, toujours début des années 1980, tenté une approche directe avec l'Algérie pour régler la question de la libre circulation mais en vain… L’un de ses contacts, pour cette opération, était le responsable de l’agence Air Algérie à Marseille.


M’hamed Laradji termine sa vie de militant, entièrement consacrée aux Harkis et à leurs familles, emporté par la maladie alors qu’il n’a pas atteint 60 ans.