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L'abandon des Harkis : 59 ans déjà !

26/04/2021

L'abandon des Harkis : 59 ans déjà !

A moins d’un mois du 59ème anniversaire de l’abandon des Harkis et de leurs familles entre les mains du FLN et de l’ALN il apparait nécessaire de faire un point sur ce que les archives ont révélé.

 

Cet abandon, voulu par l’exécutif de 1962 et notamment par les deux ministres d’état, l’un en charge des Armées et l’autre de l’Algérie, n’a pu se faire sans l’assentiment du chef de l’Etat d’alors.

 

En premier lieu Pierre Messmer, ministre des Armées, adresse « en extrême urgence au Haut-Commissaire à Rocher Noir » un télégramme sans ambiguïté dans lequel il regrette « l’arrivée en France de groupes incontrôlés » (Harkis) et demande aux autorités militaires d’enquêter et de sanctionner les officiers responsables de ces transferts et  cela en totale contradiction (du moins en apparence) de ce qu’il déclarait aux cadres de l’armée : « pour rassurer ceux qui combattent et se sont engagés à nos côtés , nous devons leur répéter la volonté de la France de n’abandonner aucun de ses enfants… ». La suite a prouvé le contraire !

 

telegramme Messmer

 

Comme si cela ne suffisait pas, le cynisme des autorités françaises s’exprime sans fard dans les ordres de Louis Joxe, ministre d’état, ministre des Affaires Algériennes et négociateur en chef des accords d’Evian, dans un autre télégramme « très secret et en priorité absolue » dans lequel il précise que les arrivants, non désirées en France, seraient renvoyés en Algérie sans autre forme de procès… Et ils furent renvoyés avec les conséquences que l'on devine !

 

Telegramme Joxe

 

Pourtant en sa qualité de négociateur des accords d’Evian et surtout de ministre des Affaires Algériennes il n’ignore rien du sort réservé aux Harkis et à leurs familles par ses partenaires de négociation. C’est probablement pour cela qu’il précise que ses ordres doivent demeurés secrets…

 

Ces ordres auraient-ils pu être donnés sans l’assentiment ou l’ordre express du président de l’époque ? Il est indéniable que le Général De Gaulle ne voulait pas des anciens supplétifs « ce magma dont il faut se débarrasser sans attendre… », en France ! Car de Gaulle ne considérait pas les harkis comme de vrais Français. Il l'a clairement exprimé lors du Conseil des ministres du 25 juillet 1962 : « On ne peut pas accepter de replier tous les musulmans qui viendraient à déclarer qu'ils ne s'entendront pas avec leur gouvernement ! ».

 

Et ceci en dépit de la situation en Algérie car, à peine signés, les accords d’Evian furent foulés aux pieds avant que l’encre des signatures ne sèche. Les massacres allèrent crescendo pendant plusieurs mois sans que les autorités françaises jugent utile et nécessaire d’intervenir.

 

De « plan général de rapatriement » il n’y en eut pas et les 150 000 morts pendant ces mois peuvent en témoigner !

 

Mais des entraves il y en eut de nombreuses à tel point que sur les 260 000 hommes ayant participé à la lutte contre le FLN seuls quelques dizaines de milliers ont pu gagner la France grâce aux officiers avec lesquels ils avaient servi.

 

Cette situation a été reconnue par plusieurs présidents de droite comme de gauche, à commencer par Jacques Chirac qui a reconnu en 2001 que « la France n’a pas su sauver ses enfants de la barbarie ». Il aurait même pu dire que « la France n’a pas voulu… ». Plus tard, candidat à sa réélection,  Nicolas Sarkozy a déclaré « Le drame des harkis est celui de toute la France. [...] Une tache de sang indélébile reste sur notre drapeau ». Dans une allocution le 25 septembre 2016, à son tour François Hollande déclare « Je reconnais les responsabilités des gouvernements français dans l’abandon des harkis, des massacres de ceux restés en Algérie et des conditions d’accueil inhumaines des familles transférées dans les camps en France. Telle est la position de la France.»

 

Enfin, le 25 septembre 2017, Mme Geneviève Darrieussecq, secrétaire d'État auprès de la ministre des armées, a reconnu que la France n'avait pas accordé « sa protection aux harkis qui firent le choix de rester, exposant beaucoup d'entre eux à de violentes représailles » et n'avait « pas su, non plus, accueillir comme ses enfants, ceux qui avaient choisi de rallier le territoire national, les reléguant en grand nombre dans des camps de transit, des hameaux de forestage puis des cités de transit aux conditions déplorables ».

 

Clairement cet abandon ne fait pas l’ombre d’un doute. De Gaulle a décidé et le gouvernement (notamment les ministres en charges de ces questions) s’est exécuté sans état d’âme comme en témoignent les deux télégrammes précités…

 

L’exécution de ces ordres a provoqué la mort de dizaines de milliers de personnes  ainsi que celle des refoulés arrivés  par des voies parallèles et renvoyés aussitôt en Algérie où ils furent exécutés sur les plages algéroises sans que la France ne réagisse et sans que le gouvernement ne s’émeuve outre mesure.

 

Les responsables de ces ordres indignes ont rejoint celles et ceux qu’ils ont condamnés à une mort certaine. Par contre ils restent encore aujourd’hui quelques survivants et afin de leur permettre de partir apaisés. Cet abandon, les massacres qui l’ont suivi et les conditions d’accueil pour les rescapés méritent d’être reconnue par une loi de reconnaissance et de réparation des préjudices moraux et matériels subis par les Harkis et leurs familles.

 

S’il en est besoin les télégrammes ci-dessus sont suffisamment éloquent quand à cette responsabilité pour permettre le vote de la loi exigée avant la fin de la présente législature…

Communiqué 12 mai

17/04/2021

Communiqué 12 mai

Depuis une douzaine d’années, le comité du 12 mai, dont le porte-parole est Alain Ferki, Vice-Président national d’AJIR pour les Harkis, invite la communauté nationale à se souvenir de ce jour funeste du 12 mai 1962, au cours duquel l’Etat français confirmait sans ambiguïté sa volonté de ne pas rapatrier tous les supplétifs qui souhaitaient fuir l’Algérie où leur sécurité n’était pas garantie.

 

AJIR France et les nombreuses associations qu’elle rassemble, soutiennent cette initiative et organiseront cette année 6 commémorations en plus des 14 organisées par le comité. Elles se dérouleront dans le respect des règles sanitaires en vigueur. Les lieux et horaires des 20 cérémonies seront communiqués prochainement sur les sites des associations participantes dont celui-ci.

 

Ce sera l’occasion de rendre hommage à toutes les victimes d’après le cessez-le-feu du 19 mars 1962 qui ne fut pas respecté par le FLN.  Et l’occasion aussi d’exprimer à nouveau avec force la demande légitime d’une loi de reconnaissance de cet abandon aux conséquences tragiques. Le télégramme du Ministre Pierre Messmer, le 12 mai 1962, est hélas sans ambigüité sur la responsabilité de l’Etat français. Les élus de la Nation s’honoreraient à voter une loi reconnaissant cet abandon. C’est une question de vérité, de justice et de morale.

 

 

 

Mohand HAMOUMOU

Président national d’AJIR

Un autre regard sur le rapport Stora

07/04/2021

Un autre regard sur le rapport Stora

LETTRE OUVERTE à BENJAMIN STORA,

 

 

Monsieur

 

J’ai lu attentivement votre rapport, et j’avoue que j’avais un  parti plutôt favorable et bienveillant à votre égard. Je rappelle que vous avez bercé ma vie  et éveillé ma conscience  par votre érudition sur la guerre d’Algérie. Vous avez été rare et unique dans l ‘ensemble de vos écrits.  Guerre qui comme vous, moi, fils du sous-préfet d’Akbou a hanté mes nuits et mes cauchemars.

 

Mais Monsieur Stora, m’est apparu dans votre rapport quelque chose qui n’a plus rien à voir avec vos écrits antérieurs et ce regard de Camus dont vous vous targuez. Il est une autre époque moins risquée. Un silence m’est paru odieux, celui à propos du peuple algérien dans son entier, c’est-à-dire des vrais combattants de la libération nationale algérienne (pas ceux qui de l’extérieur à qui on a donné le pouvoir et l’ont volé)   et ceux qu’on nomme  harkis, (Civils, Elus et supplétifs de l’armée française) qui loin d’avoir fait le choix de l’Algérie française avait fait le choix d’une autre route pour l’Algérie. Je ne prendrais pas tous les détails, où vous avez péché par omission volontaire. Je sais  qu’il est difficile  d’être historien et  le conseiller du Prince, ou plutôt des deux princes d’États complices.  Je sais  encore qu’il est difficile de s’extraire de sa condition première d’ex européen ou «  pied noir », ou d’une communauté qui n’a pas facilité « l’Algérie algérienne en liaison avec la France. »

 

D’où je vous parle ?  De la vallée de la Soumman ou plus précisément de l’arrondissement d’Akbou, départ du célèbre Congrès de 1956 du FLN et arrondissement pilote du plan Constantine, que je connais bien.

 

Mon père, Sous-préfet de 1959 à 1962,  partisan de l’Algérie algérienne, a dénoncé les tortures jusqu’à assigner des militaires au tribunal militaire de Sétif. (60 morts par mois de mort sous la torture dans cet arrondissement de 105 000 habitants qui avait un DOP, un centre de torture), qui s’est rebellé auprès du commandant  Florentin et du Général Parlanges sur les 25 000 personnes réfugiées et  regroupées  dans des conditions impardonnables, « concentrationnaires » ou chaque jour mourraient de faim et de froid des enfants.

Les massacres du peuple algérien  ce sont dans cet arrondissement  près de 8 000 morts et 6667 maisons détruites. Les morts, on n ‘est jamais sûr, les maisons détruites, et celles des villages de Ouzelaguen , il a pu les compter. 

 

Pas besoin de revenir sur la minime minimorum  préconisation vis-à-vis des harkis, ni par exemple sur l’oubli que parmi les marcheurs de 83 qui ont fondé SOS Racisme, où il y avait des enfants d’harkis et d’immigrés, ni d’autres oublis ou silences  révélateurs de votre  cécité gravissime, que je pressentais dans vos écrits antérieurs : Celle  de la communauté harki  (Prés de 1000 morts  dans l’arrondissement d’Akbou de 62 à 63,  avec des massacres dans 3 camps) est  étrangement en blanc dans votre rapport.

 Et c’est là qu’est le vrai problème de fond. Vous écrivez : 

 

« Tout groupe appartenant à cette histoire est spécifique, mais aucun n’est exceptionnel et nul ne doit être placé au-dessus des autres. Or, chaque groupe exige une empathie à sens unique, unilatérale, exclusive. »

 

Tout est dit et tout est faux ! Il n’y a d’abord, dans votre rapport,  aucune empathie à sens unilatérale, exclusive ni pour le peuple algérien ni pour la communauté harkie. Je sais, il faut être diplomate et ne vexer ni le gouvernement algérien, ni le gouvernement français ! Si vos mots vous trahissent souvent, il y a peu d’empathie ni pour le peuple algérien, ni pour la communauté harkie. 

 

Mais pire vous refusez la hiérarchisation  des groupes et des communautés. Ce n’est pas seulement dommage, c’est un tort. J’ose dire que, c’est une escroquerie. Dans votre rapport comme dans notre société plus personne n’est responsable et surtout pas ceux qui en portent les avantages et les honneurs.

 

Je ne vais pas refaire l’histoire, vous êtes meilleur que moi.

 

Mais qui est d’abord responsable de cette horrible et unique histoire coloniale de la France en Algérie? Et ne doit-on pas hiérarchiser les responsabilités plutôt que de faire de la psychologie de bas étage ou empathique ?

 

 En premier lieu, la France et ses divers gouvernements,  son armée, Bugeaud et les autres, sont les premiers responsables  de cette guerre de conquête et d’exploitation coloniale de 132 ans.  Et n’oublions pas à l’heure où nous commémorons la commune de Paris, les massacres de l ‘insurrection algérienne, de Mokrani et du Cheik El Haddad, dont les fils ont rejoint les communards en Nouvelle Calédonie, répétition générale de le guerre de  libération de 54, après le ratage massacre de 1945 à Sétif. Ce silence de la III ème République, fondé sur les massacres de la commune de Paris et des trois départements français d’Algérie, dit bien notre mensonge.

 

 Les européens et pieds noirs qui même pauvres, qui par la volonté de cette République ont spolié le peuple algérien  (séquestres) n’ont pas connu la  misère, les  massacres (ou si moindre)  ni  les  camps de regroupement,   sont les seconds responsables. Ils se sont  arc-boutés derrière leur « race » et leurs privilèges, refusant les offres d’ouverture de Messali Hadj ou Ferhat Abbas. Mon père écrivait avec ironie à Michel Poniatowski, en 1962, en constatant qu’en 3 ans, il avait plus investi qu’en 132 ans, « que le colonialisme n’a rien fait, l’indépendance réalise »

 

Seul le peuple « indigène », algérien peut connaître le statut de victime. Un peuple qui ne formait certes pas un Etat au sens où nous l’entendions, mais qui avait une culture, une histoire, un mode de vie qui valait autant si c’est mieux que le nôtre. L’Émir Abdelkader, que vous honorez, en est la preuve incarnée.

 

Et dans ce peuple qui avait-t-il ? Une grande majorité de fellahs, de paysans, humiliés, outragés, enchaînés qui en 1954 n’ont pas eu d’autre choix que de prendre les armes.

Je ne rentrerais pas dans cette guerre fratricide, et civile que nous avons utilisé, entre FLN et MNA, entre Harkis et Fellagas, entre militants de l’intérieur et armée de l’extérieur, de ce peuple divisé à souhait et de la responsabilité des dirigeants du FLN qui ont oublié, abandonné leur méritoire congrès de la Soummam, ou les accords d’Evian ; Je ne reviendrais pas sur cette guerre la plus cruelle et la plus barbare que nous avons commise.

 

Au risque de me répéter, vous écrivez bien : « Tout groupe appartenant à cette histoire est spécifique, mais aucun n’est exceptionnel et nul ne doit être placé au-dessus des autres. »

 

 Et bien non, monsieur le conseiller des princes, le peuple algérien est au-dessus de tout dans cette histoire. Et je dis bien le peuple, le peuple qui s’est battu pour son indépendance... et il était plus  nombreux que l’on croit  à vouloir une forme d’indépendance et de liberté, après les refus multiples des gouvernements de la France et des européens d’Algérie. Ferrat d’Abbas, le modéré,  raconte bien son entrevue avec le Marechal juin en Aout 54 en concluant : «  Si je comprends bien,  nous n’avons qu’un seul choix, celui de quitter l’Algérie ou de prendre les armes. »

 

 Et dans ce peuple algérien, il y avait ceux qu’on appelle aujourd’hui communément les harkis. Ils étaient des civils, ils étaient des élus, ils étaient militaires, ils étaient disait-on,  supplétifs, Goumiers, GMS, Moghaznis, harkis. Ils voulaient eux aussi, pour le plus grand nombre, l’Algérie algérienne, mais peut-être pas celle du FLN, même si ils les  admiraient,  doutaient  et n’aimaient pas le chemin de leurs frères partis au maquis. Ils se croyaient français puisqu’ils l’étaient depuis 1830, dans les 3 départements français, de Constantine, Alger et Oran. Je me souviens du nom des 240  kabyles du monument aux morts d’Akbou,  de ces morts pour la France de 14/ 18, de 39/45 où  j’avais été frappé, enfant,  par le fait qu’il n’y avait aucun nom européen. Les patronymes européens sont arrivés après, en  1954. Etrange non ?

 

Oui monsieur le conseiller, tout groupe appartenant à cette histoire est spécifique, mais contrairement à vous je pense que  quelques-uns sont exceptionnels et que deux groupes doivent être placés au-dessus du lot et je sais que je vais choquer les princes que vous conseillez, ceux de là-bas et ceux d’ici comme certains de mes amis : le vrais Moudjahidin et les harkis sincères. Le mouvement initié par les jeunes en février 2019, Hirak, anagramme de Harki, est là pour le confirmer. Une amie autrefois proche du mythe du FLN m’a dit le 8 mars 2019, à Alger : « Hugues, avant  je n’entendais pas ce que tu me disais, maintenant j’irai cracher sur la tombe de Bouteflika ».  Alors qu’elle me disait cela, Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à ce harki qui militant FLN  apportait de l’argent au Maroc mais écœuré de voir  l’opulence d’un côté et la misère de l’autre, finit par rejoindre le camp français. Oui je laisse à l’Algérie  et aux algériens le soin d’honorer leurs vrais héros et non les usurpateurs qui venant de l’armée de l’extérieur ont été mis par l’État Français pour mieux gérer leur affaires communes. Je ne peux ne pas penser à ce directeur du centre social d’Akbou, proche de Germaine Tillion, qui  de 67 à 70 a instruit à Siddi bel abbés  la gendarmerie algérienne, alors que des innocents harkis croupissaient encore dans les geôles de Boumediene.

 

Et je demande au pouvoir français pas seulement de demander pardon mais de réparer l’infamie qu’il a commis contre les harkis, en Algérie comme n France. Ils sont du peuple algérien et ont choisi par obligation, par dépit, par ignorance, par volonté ou par désir, un autre chemin.

 

 Je ne peux pas non plus ne pas penser à ce harki qui a dénoncé, en décembre 59,  un officier pour fait de tortures et assassinat sur 3 moudjahidines et que mon père a fait traduire devant un tribunal militaire.

 

Je  ne peux pas ne pas penser à ce harki qui est venu dire à mon père, en avril 60,  ce qui se passait dans le camp de regroupement d’Azib Ben Ali Cherif ou chaque jour mourrait de faim et de froid un enfant de l’Algérie encore française.

 

Je ne peux ne pas penser à ces harkis qui ont voulu en juillet 62 rester dans leur  pays  pour aider à la reconstruction, et qui ont été emprisonnés, humiliés et massacrés, alors que le député FLN n’avait été qu’un Marsien.

 

Je ne peux pas oublier le sous-préfet FLN Semahdi, successeur de mon père,  qui a aidé et soutenu les familles de harkis en protégeant leur père, et en fournissant des papiers. Il a fini en prison.

 

Je ne peux pas oublier ce militant Pro FLN qui de 62 à 66, a aidé,  exfiltré des harkis, soulagé des familles en leur fournissant vivres et argent.

 

Bien entendu, ici et là, il y a eu des salauds. Mais l’amnistie comme vous le dites monsieur Stora a servi l’amnésie. Et la responsabilité, comme disait mon père, c’est d’abord celle des gouvernants, puis des officiers supérieurs et en fin des grands colons. Et c’est ceux-là,  qu’ils auraient fallu traduire devant les tribunaux, pour l’exemple, pour montrer que les crimes contre l’humanité ne doivent pas rester impunis. Faire un procès pour l’histoire, comme après la II ème guerre mondiale et des crimes nazis et ne pas confondre responsables et lampistes.

 

Que l’Algérie s’occupe de ses bandits, de ses égorgeurs, de ses profiteurs, de ses usurpateurs…

Et que nous expions, nous, notre dette vis à vis des harkis, cet autre peuple de l’Algérie,  qui comme disait Clemenceau à propos des poilus ; «ont des droits sur nous ».

 

Oui rien sur notre infamie à l’égard des harkis, que nous n’avons pas voulu armer, dès 1954,  de peur qu’ils retournent leurs armes contre les pieds noirs et l’armée française…

 

Oui ! Rien sur le fait que nous les avons désarmés en 62, abandonnés, livrés aux répugnances, et aux massacres de l’Armée National Populaire et des marsiens.

 

Oui ! Rien sur le fait que nous les avons cachés, parqués, humiliés, détruits dans nos camps et hameaux forestiers en France, dans notre manque d’accueil où ils ne furent jamais rapatriés mais toujours réfugiés et niés.

 

Notre honte, notre déshonneur est là, et je suis de ceux qui pense que les harkis sont l’alpha et l’oméga de notre guerre coloniale, qu’ils sont le problème des deux États, mais la solution des deux peuples, car ils sont plus qu’un symbole, ils sont la grimace  de notre guerre atroce, et le sourire de notre réconciliation possible.

 

Alors Monsieur Stora, il ne sert à rien de les cacher et de les taire. Les harkis sont la mauvaise conscience des deux États « traitres » à leur peuple.

 

Et s’ils symbolisent, pour les ignorants, la traîtrise, les vrais traîtres aux harkis et à l’hirak, aux peuples en mouvement seront toujours, dans cette guerre de 132 ans, d’abord l’État Français et ensuite l’Etat algérien et leurs suppôts.

 

Pour conclure je vous livre ces mots qui répondent superbement à votre oubli. Ce sont ceux d’une amie pour l’éternité, Farida, fille de harki : 

 

 « Je n’étais qu’une enfant héritière de l’histoire de nos pères.

J’emportais avec moi pour ce voyage sans retour quelques souvenirs, gardés secrètement au fond de mon âme malade.

Sans rejet, sans joie, sans sérénité.

J’habite l’inconfort d’une haute solitude.

Je suis la page d’un livre qui ne s’écrit pas, mémoire d’une guerre sordide et fratricide ; invisible dépossédée, punie injustement.

Je suis l’enfant de deux États chers à mon cœur.

J’ai soif d’exister et défaire les liens du passé, être enfin à ma place. » Farida.

 

Il serait temps de regarder toutes les réalités et pour nous français,  celle des harkis en premier, qui disent encore et toujours notre racisme colonial, qui a commencé en Algérie en 1830, et de criminel façon !

En France,  c’est à eux que nous devons le dernier mot, ils ont des droits sur nous !

 

Hugues Robert,

Les généraux algériens relancent la guerre des mémoires avec la France

04/04/2021

Les généraux algériens relancent la guerre des mémoires avec la France

L’homme le plus puissant d’Algérie n’est pas le président Abdelmejid Tebboune, bien mal élu en décembre 2019, dans un scrutin marqué par une abstention historique de 60%. Le véritable « homme fort » du pays demeure son chef d’état-major en tant que dirigeant de fait des « décideurs » militaires qui, sous une forme ou sous une autre, accaparent le pouvoir depuis des décennies. En ce même mois de décembre 2019 où Tebboune accède à la Mouradia, l’équivalent algérien de l’Elysée, Chengriha succède à la tête des armées algériennes à Ahmed Gaïd Salah, décédé « des suites d’un arrêt cardiaque à son domicile », selon le communiqué officiel. Gaïd Salah avait contraint le président Bouteflika à la démission en avril 2019, dans l’espoir d’apaiser la contestation pacifiste du Hirak, avant de pousser la candidature Tebboune pour en finir une fois pour toutes avec la protestation populaire.

UN PRESIDENT SOUS TUTELLE

La discrétion ostensible de Chengriha tranche avec les interventions brutales et les discours volontiers menaçants de Gaïd Salah, à qui les « décideurs » ont reproché d’avoir exposé inutilement l’institution militaire. Le nouveau chef d’état-major se veut avant tout le garant d’une réconciliation interne à la clique dirigeante, avec l’acquittement en janvier dernier des anciens chefs des renseignements militaires, les généraux Mediene et Tartag, condamnés à 15 ans de prison après la démission de Bouteflika. Mais Chengriha n’hésite pas à brider le président Tebboune qui, après avoir annoncé un remaniement gouvernemental, le 19 février, ne parvient à changer ni le Premier ministre, ni les titulaires des portefeuilles régaliens. Le chef d’état-major n’est pas non plus favorable à un authentique travail de mémoire sur la « guerre de libération » anti-coloniale, qui remettrait en cause la propagande officielle, fondamentale pour la légitimation des généraux algériens.

L’Armée nationale populaire (ANP) se pose en effet en héritière de l’Armée de libération nationale (ALN), le bras armé du Front de libération nationale (FLN) depuis le début, en 1954, de l’insurrection anti-française. Cette ANP émane pourtant d’une seule partie de l’ALN, « l’armée des frontières », qui fit mouvement à partir du Maroc et de la Tunisie, lors de l’indépendance de 1962, pour étouffer la résistance intérieure des maquis de l’ALN. Une telle militarisation du régime algérien renversa la hiérarchie traditionnelle des pouvoirs en faisant du FLN, parti unique jusqu’en 1989, le bras civil de l’ANP. C’est pourquoi l’exigence d’un gouvernement pleinement civil, enfin émancipé de la tutelle militaire, est au coeur des revendications du Hirak, dont les manifestations ont repris depuis plus d’un mois. C’est également pourquoi Chengriha s’efforce de caricaturer la contestation populaire en « complot de l’étranger », dont la France serait l’inspiratrice. Il a beau être le premier chef d’état-major sans aucun passé anti-colonial, il choisit ainsi de relancer la guerre des mémoires pour conforter un statu quo aussi favorable aux généraux algériens.

LA SURENCHERE DES VICTIMES

Le 17 mars, Chengriha ouvre avec emphase un séminaire intitulé « Mémoire et unité nationale »:  « Les positions du peuple algérien sont comme les montagnes, immuables et inébranlables, puisqu’elles s’inspirent de notre doctrine nationale et de notre glorieuse révolution de libération, scellée par le sang de millions de chouhada » (martyrs). L’exaltation de la lutte anti-française comme seule et unique « révolution » est une constante du discours officiel, ne serait-ce que pour disqualifier toute forme de contestation radicale. L’invocation de « millions » de martyrs est plus troublante dans un pays où, jusque là, était plutôt avancé le chiffre d’un million, voire d’un million et demi de morts (les historiens français considèrent quant à eux que le nombre d’Algériens tués de 1954 à 1962 est de l’ordre du quart de million, dont environ un cinquième par le FLN). Une telle inflation victimaire a été encouragée par la polémique entre la France et la Turquie sur le génocide arménien, le président Erdogan ayant révélé que, selon Tebboune, « la France a massacré plus de cinq millions d’Algériens » en 132 ans d’occupation.

Le discours du 17 mars de Chengriha est d’autant plus combatif qu’il appelle à « préserver le citoyen des dérives alternatives influencées par différents canaux médiatiques ». Là aussi, c’est la France qui est dénoncée pour l’écho qu’elle accorderait aux revendications et aux manifestations du Hirak. Le chef d’état-major balaie les gestes déjà accomplis par Emmanuel Macron en vue d’une réconciliation des mémoires entre la France et l’Algérie, qu’il s’agisse du rapport de l’historien Benjamin Stora, de l’ouverture relative des archives publiques ou de la reconnaissance de la responsabilité de l’armée dans la mort d’Ali Boumendjel. Tebboune, malgré les échanges directs qu’il a eus avec son homologue français à ce sujet, est contraint de s’aligner, le 22 mars, par la voix d’Abdelmajid Chikhi, son « conseiller pour la mémoire nationale », directeur des archives: le rapport Stora ne serait qu’un « rapport franco-français » et « officiellement, c’est comme si ce rapport n’existait pas ». Un tel verrouillage au sommet indigne les historiens algériens qui, le 25 mars, demandent publiquement à Tebboune un accès enfin libéré aux archives nationales.

Il est malheureusement à craindre que les généraux algériens continuent de promouvoir leur propagande d’auto-justification, au détriment d’un regard apaisé sur l’histoire partagée entre leur pays et la France.

 

Article de Jean-Pierre Filiu paru dans Le Monde.fr du 4 avril 2021

Métier : C'est quoi être goumier au Tchad ?

30/03/2021

Métier : C'est quoi être goumier au Tchad ?

A chaque nomination d’un chef de canton, il est indiqué qu’il  sera assisté d’un secrétaire et de tel nombre de goumiers. Dans la société traditionnelle tchadienne, beaucoup reconnaissent les goumiers de part leur rôle et leur accoutrement. Mais, c’est quoi être justement « goumier » au Tchad ?

 

Selon certains documents, le mot goumier vient du terme « goum » qui désigne une compagnie de goumiers. Il provient de l’arabe maghrébin « gūm » et de l’arabe classique « qawm », signifiant « tribu, peuple, gens » qui désigne les contingents de cavaliers armés que certaines tribus fournissent au chef du pays lorsqu’il fait une expédition.

 

Dans son acceptation francophone la plus utilisée aujourd’hui, le « goumier » (en arabe : « goumi »), membre d’un goum, a un sens très péjoratif issu, cette fois, de la guerre d’Algérie, pendant lesquels les goumiers d’Algérie étaient, comme les harkis, des supplétifs de l’armée française.

 

Le terme goumier est ainsi élargi à d’autres pays du Sahel et du Sahara notamment, le Tchad dont les Etats précoloniaux ont entretenu des relations avec les pays arabes et l’Empire Ottoman. Comme écrivait cet auteur « au Sahel et au Sahara, les troupes coloniales françaises appellent goumiers les méharistes nomades, par opposition aux tirailleurs « sédentaires ». Les goumiers servent ensuite aux côtés des gardes-cercles et gardes méharistes, dépendant de l’administration coloniale. Les goumiers sont jusqu’en 1958 sous statut civil bien que servant comme militaires ».

 

Aux indépendances africaines, les goumiers rejoignent les gardes nationales de leur nouvel Etat. C’est le cas au Tchad où des goumiers ont été les premiers à former la Garde Nationale et Nomade du Tchad (GNNT). Une autre partie est restée dans la sécurité des autorités traditionnelles et coutumières dont le premier texte les régissant après l’indépendance, est l’ordonnance n°4/INT du 13 février 1960 portant organisation administrative générale du territoire du Tchad, mais surtout le décret n°102/PR/INT du 6 mai 1970 portant statut de la chefferie dont l’article premier mentionne que les chefs traditionnels sont les sultans, les chefs de canton et les chefs de groupement de villages et les chefs de village.

 

Avec la naissance de l’armée tchadienne, les goumiers sont désormais « agents de sécurité » auprès des sultans, chefs de canton, de tribus et groupements. Leur nombre, auprès de chacune de ces entités traditionnelles, est fixé par le décret n°629/PR/RM/MATGL/2016 du 15 septembre 2016, qui a modifié d’autres actes un peu anciens. Nous nous servons de ce décret car, c’est lui qui est en vigueur actuellement.

 

De ce fait, « le nombre des goumiers et secrétaires des autorités traditionnelles et coutumières est fixé comme suit : sultan : cinq goumiers et un secrétaire ; chef de canton : deux goumiers et un secrétaire ; chef de tribu : deux goumiers et un secrétaire ; chef de groupement : un goumier et un secrétaire ».

Leurs salaires sont pris en compte par le décret n°630/PR/RM/MATGL/2016 du 15 septembre 2016 fixant les rémunérations mensuelles des secrétaires et des goumiers des autorités traditionnelles et coutumières.

 

L’acte présidentiel précise que « les allocations mensuelles des secrétaires et des goumiers des autorités traditionnelles et coutumières sont exclusives de toutes remises pour les secrétaires 60 000 FCFA et pour les goumiers 60 000 FCFA ». Ces allocations mensuelles des secrétaires et des goumiers des autorités traditionnelles et coutumières sont uniformes et exclusives de toutes remises et ne peuvent être cumulées avec les traitements des fonctionnaires.

 

Par contre en 1960, le décret n°45/INT du 11 mars 1960 réglementant le mode de recrutement et de rétribution des goumiers des chefferies nomades dans le territoire de la République du Tchad, relève que les goumiers sont recrutés par décision des sous-préfets et leur salaire sera réglé sur état nominatif et certificat de service fait par les sous-préfets qui seront, à cet effet, désignés comme billeteurs.

 

En 1960, il est précisé que le salaire des goumiers ne saurait être inférieur au salaire minimum interprofessionnel garanti en vigueur dans les sous-préfectures où ils sont en service. Le décret de mars 1960 mentionne que chaque goumier fournira sa monture. En cas de manquement à la discipline, les sous-préfets pourront révoquer les goumiers après un avertissement et un blâme.

 

Article paru le 29 mars 2021 15:00 dans :